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20 ans de Cactus et
d’Aventures
Chers
Lecteurs,
Un de ces dimanches, j’avais décidé de préparer des carottes à la forestière. Coupant les champignons en rondelles, je me rendis compte qu’ils n’exhalaient aucune odeur de forêt, le nez collé dessus, ils restaient désespérément inodores. Je me dis alors que l’un de ces scientifiques alimentaires avait sans doute réussi à supprimer l’odeur (et le goût...) des champignons. On nous demande -pour notre bien !- de manger des fruits et des légumes, mais plein de bonne volonté, lorsque je vais au super-hyper ou marché tout court, je reviens souvent bredouille, plutôt que devoir revenir avec des végétaux trompe l’oeil, d’énormes fraises bien rouges mais creuses et insipides, de belles pêches bien dures et liégeuses, des raisins avec seulement du sucre et aucun goût, des mangues ou des ananas bien verts qui n’ont même pas eu le temps de connaître le soleil et qui pourriront sur notre table avant même de mûrir. Aurions-nous perdu le goût du goût ? Les aliments deviennent insipides et sans odeur, au nom de la globalisation, je suppose... Un peu de curiosité pour les odeurs m’a fait revenir, ce dimanche-là, à ma serre, pour redécouvrir et faire un court voyage au pays des odeurs secrètes et des parfums de nos plantes chéries : Echinocereus palmeri, aux fleurs qui sentent le chocolat ; E. viridiflorus, le premier de la saison, avait lui une odeur citronnée, tout comme Mammillaria sphaerica, ou surculosa. Un vieux Discocactus avait encore ses pétales entrouverts, laissant timidement deviner le capiteux parfum qu’il avait libéré durant toute la nuit, à la recherche d’un hypothétique pollinisateur. Arthrocereus mirabilis est aussi petit que son parfum est puissant. Mais sa fleur était déjà refermée au petit matin. Les Crassula muscosa (ex lycopodioides) en fleurs sentent plutôt le pipi de chat,et que dire des Stapelias qui nous préviennent lorsqu’elles sont en fleurs, non seulement par les hordes de mouches vertes qui visitent la serre, mais surtout par l’odeur fétide désagréable qu’elles dégagent. On ne peut qu’être surpris par le suave parfum de coco qu’exhale Pleiospilos bolusii, ou encore l’agréable odeur épicée des fleurs de Senecio rowleyanus. Et puis, j’imaginai tous les parfums qui nous échappent, parce que nous ne pouvons les apprécier, un peu comme les ultrasons, que nous n’entendons pas. Cela me rappelle le débat de certains qui affirmaient que Pachypodium lamerei a des fleurs parfumées contre ceux qui le niaient absolument avec apparente raison. Travaillant alors à Canary Cactus au milieu de deux énormes plantations de centaines de Pachypodium lamerei pour leur fécondation artificielle, lorsqu’ils fleurirent enfin pour la première fois, dans les lueurs du premier soleil, la somme de chacune des fleurs de toutes les plantes réunies avaient laissé dans l’air, un nuage d’un discret mais indéniable parfum. Lorsque les premiers follicules apparurent, je dú me rendre à l’évidence : un petit papillon de nuit à la trompe assez longue pour effectuer la fécondation avait travaillé pour moi : il avait perçu le parfum subtil des fleurs et l’attraction avait fait le reste. Le bonheur du naturaliste se base sur de telles observations. Je vous souhaite un été plein de senteurs et de plaisirs parfumés. . Joël Lodé, membre IOS Le mot du Pr. Théodore MONOD, Membre de l'Institut "...Il
s'agit d'une oeuvre originale, nourrie d'observations personnelles
qu'un voyageur infatigable a recueillies au cours d'une longue
expérience des zones arides ou désertiques.
Joël Lodé est ainsi devenu un de nos meilleurs
spécialistes des pays de la sécheresse et
probablement de leur biologie, car il est avant tout un naturaliste,
connaisseur notoire des Cactacées, famille, à
très peu de choses près spécifique, on
le sait, à l'Amérique... †Théodore Monod
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