|
|
"La Grande Aventure des Déserts"
Encyclopédie des Zones Arides
par Joël Lodé solo en francés / only in french |
Copyrights : Joël Lodé
|
Le mot du Pr. Théodore MONOD, Membre
de l'Institut
"PREFACE
Je dois au lecteur un aveu : si j'ai accepté
d'écrire quelques mots de préface à cet ouvrage, ce
n'est pas que j'en puisse approuver tous les détails ; Joël
Lodé refuse la qualité de "désert" aux déserts
polaires, mais la reconnaît à la savane arborée "sahélienne"
du Kalahari.
Si par endroit, quelque détail a
pu me paraître discutable, peu importe, car il s'agit d'une œuvre
originale, nourrie d'observations personnelles qu'un voyageur infatigable
a recueillies au cours d'une longue expérience des zones arides
ou désertiques.
Joël Lodé est ainsi devenu un
de nos meilleurs spécialistes des pays de la sécheresse,
et probablement de leur biologie, car il est avant tout un naturaliste,
connaisseur notoire des Cactacées, famille spéciale à
très peu de choses près, on le sait, à l'Amérique
; ce qui explique d'ailleurs le grand rôle joué par le Nouveau
Monde dans ce livre, et son importance dans la bibliographie de l'ouvrage.
En bon naturaliste, Joël Lodé
s'intéresse à tout ; il tient d'ailleurs, belle merveille,
à nous donner les binoms latins des animaux et des plantes qu'il
va citer. Il porte visiblement un grand intérêt à la
biologie, aux modes de vie, aux adaptations. Le lecteur s'instruira à
chaque page.
S'il fallait tenter de qualifier d'un mot
ce volume, je crois que celui d'originalité ferait l'affaire ; l'auteur
n'appartient pas à une école, à une tradition, à
une institution ; c'est un homme libre, ce qui est une singulière
qualité. Il dit ce qu'il a à dire, il raconte ce qu'il a
vu, avec un style qui ne manque ni de pittoresque, ni d'humour.
Il n'est pas douteux que ces pages trouveront
un large accueil auprès de tous ceux qui souhaitent mieux connaître
et mieux comprendre l'un des systèmes éco-climatiques les
plus originaux, et à bien des égards, les plus fascinants
de notre planète : les déserts.
Théodore Monod
Cet ouvrage est dédié à Théodore
Monod qui a, durant 22 ans, contribué à parfaire mes connaissances
du milieu aride.
NB : Pour en faciliter la lecture, la convention choisie
et utilisée dans cet ouvrage pour le pluriel des termes techniques,
géologiques ou ethniques issus de langues étrangères,
dialectes locaux, etc. est le pluriel francisé : scénarios
(et non scénarii), ksars (et non ksour), sifs (et non siouf), Turkanas,
Apaches (et non des Turkana, des Apache), etc. Joël Lodé
SOMMAIRE
PREFACE par le Professeur Théodore MONOD, Membre de l'Institut.
PROLOGUE
QU'EST-CE QUE LE DESERT ?
• Les limites de l'infini.
• Des origines à aujourd'hui : vestiges d'une vie intense.
• Répartition et systématique.
DESERT, UNIVERS DE L'EXTREME
• Climats : sensations et réalités.
• Espace en mutation : l'alchimie magique.
• L'eau, le vent, le minéral : le Grand Brassage.
• Le paysage au désert : de l'esthétique des formes.
• Les cours d'eau et grands fleuves des déserts.
DESERT, ESPACE VIVANT
• L'univers végétal : n'est pas cactus qui veut
!
• Stratégies pour la survie.
• Parfums et poisons.
• Le sens de l'harmonie : la biocénose.
• L'animal au désert : adaptation et comportement.
DES HOMMES AU DESERT
• Peuplement et modes de vie.
• Sédentarité et nomadisme : la diversité.
• Architecture et habitats : mimétisme ou symbiose ?
• Structures sociales et religieuses.
DECOUVREURS DE DESERTS
• Un monde fascinant : le désert, source d'inspiration.
• Premières explorations.
• Désert passion.
• Drames, mythes et légendes.
DESERTS AU FUTUR
• Equilibre écologique : la menace.
• Le désert en jeu : potentialités et réalités.
• Désert poubelle ? Préservation des déserts.
• Son avenir : le désert pour lui-même.
GLOSSAIRE
BIBLIOGRAPHIE
INDEX

|
|
PROLOGUE
"Au désert, même le silence est un bruit…"
Je me réveille brusquement, me relève et tends l'oreille
; pas un souffle de vent, pas la moindre petite brise n'agite l'air. L'arbre
le plus proche se trouve à plusieurs kilomètres de l'endroit
où j'ai installé le campement. Même pas le plus petit
caillou susceptible de se fendre dans ce froid nocturne ; aucun animal
ne s'aventure sur le salar, durant la nuit. Souvent, à tenter de
déceler un bruit hypothétique, on entend le "silence du désert"
: un silence fait de bruits indéfinissables.
Cette fois, ce n'est pas un produit de l'imagination; J'écoute
dans le silence, mes tympans vibrent à faire mal. Un son prolongé,
presque inaudible, à la limite de la réalité, lui
parvient, plutôt une vibration ; Oui, c'est cela, une vibration !
Un tremblement de terre ! C'est un tremblement de terre ! D'interminables
secondes passent, rien ne bouge, ne s'amplifie, ou s'estompe. Seule l'anxiété
grandit. Pas d'explication rationnelle à ce bruit sourd qui confine
à l'obsession. Les séismes sont fréquents dans le
désert d'Atacama : je sentirai la terre trembler à Toconao.
Mais cette nuit d'angoisse ne m'apporte pas de réponse;
le salar est tout proche, crevassé, couvert de polygones d'argile
et d'amas déchirés de sels de nitrates, cicatrices desséchées
d'un désert qui respire, transpire ou pire, expire… Le désert
vit, bouge et parle !
L'oreille collée dans la poussière, j'écoute
le désert. Sous la croûte saline, lors de nuits froides de
l'hiver austral en Amérique du sud, la température descend
à un point critique, sans aller forcément jusqu'au gel. Alors,
les sels humidifiés se contractent, se dissolvent, puis se dilatent,
font éclater les argiles, soulèvent les salars : les éléments
du sous-sol se fendent, se brisent dans une rumeur caverneuse… Un monstrueux
gargouillis : c'est le désert qui digère…
|
QU'EST-CE QUE LE DESERT ?
• Les limites de l'infini.
Comment définir l'indéfinissable, comment fixer
des limites à ce qui semble l'infini ?
Les scientifiques (qui ne sont pas "désertologues", nom
hybride latino-grec refusé par l'Académie des Sciences, mais
qui pourraient à la rigueur être taxés "d'érémitologues"
!…*), ont décidé d'utiliser le mot "désert" comme
désignant une région péritropicale (avec pour limites
nord et sud, les 30èmes parallèles) présentant des
signes constants d'aridité (moins de 250 mm de précipitations
annuelles) avec, en général, des températures élevées
en été, et basses en hiver, une faune et une flore ayant,
à quelques différences près, la même converge
d'adaptation cryptique, morphologique et physiologique au milieu aride,
quelle que soit sa situation géographique.
Pourtant, si l'on suit cette définition simplifiée,
il y a des régions qui portent le nom de "désert", et qui
n'en sont pas, et d'autres qui mériteraient ce terme. Ainsi, tel
désert nord-américain reçoit 240 mm tous les ans,
et tel autre, situé en Amérique du Sud (Atacama, par exemple),
n'a "profité" que de 0,6 mm en 17 ans !
D'ores et déjà, on peut dire que le désert
est non seulement caractérisé par la rareté des précipitations,
mais surtout, et c'est là, je crois la distinction essentielle,
par leur irrégularité, phénomène encore aggravé
par l'évaporation. Il faut y ajouter une énorme évapotranspiration,
qui réduit la densité végétale et animale,
et la conduit à devenir xérophile. Ce déficit hydrologique
se traduit par un paysage où le tapis végétal est
absent, donc par une raréfaction de la flore et de la faune, et
une adaptation spécifique au type de milieu.
Comme il existe des déserts, il existe également
plusieurs explications à la formation de ceux-ci, et une interaction
des causes d'aridité conduit à leur diversité. D'une
manière générale, la zone aride se situe de part et
d'autre de la ceinture équatoriale de basse pression. Liée
à la circulation de l'atmosphère, elle-même conditionnée
par la rotation de la Terre, la zone dite aride est influencée par
les vents alizés qui soufflent en permanence, et qui se réchauffent
par compression lorsqu'ils redescendent sur les régions tropicales,
en ayant perdu leur humidité.
* Selon courrier de l'Académie des Sciences du 31 mars 1980.
Il ne faut pas négliger le rôle joué par les
grandes masses montagneuses du globe sur la formation des déserts,
parfois bien au-delà des zones tropicales. Le premier exemple est
connu : les vents de mousson humides créent une végétation
luxuriante en Asie du Sud-Est, mais sont arrêtés par l'écran
géant du massif himalayen. Le vent arrive desséché
sur l'autre versant et apporte une des raisons de l'aridité dans
une zone de latitude située largement au-dessus du Tropique du Cancer.
Les vents glacés en provenance de Sibérie complètent
l'action de la chaîne himalayenne, et influencent le climat continental
des déserts centrasiatiques.
Les zones arides sont ainsi souvent "prises en sandwich" ; dans
l'hémisphère sud, en Amérique australe, les phénomènes
d'écran montagneux ( la Cordillère des Andes) et de courants
froids sont combinés. Les vents alizés et le courant équatorial
aliment les besoins hydrométriques des forêts équatoriales
de l'Afrique et de l'Amazonie (un peu comme la mousson en Asie, mais en
sens inverse), mais les nuages chargés d'humidité ne peuvent
franchir la Cordillère. Résultat : sur le versant occidental
des Andes, création d'une zone désertique, dont l'aridité
est aggravée par l'action du courant froid de Humboldt qui, venant
de l'Antarctique, fait remonter le désert à la frontière
de l'état d'Equateur, donc jusque dans la zone équatoriale
(voir carte) !
• Des origines à aujourd'hui : les vestiges d'une vie intense.
Lorsque les savants disent que le désert n'a pas toujours
existé, ils sous-entendent "les déserts à leur place
actuelle". En effet, les mouvements des plaques tectoniques qui forment
la croûte terrestre déplacent les continents, les modifient,
en changent le relief, d'une manière imperceptible, mais inexorable.
L'inclinaison de la Terre sur son axe, les réchauffements et refroidissements
successifs qui en ont découlé, les déplacements de
la croûte terrestre, les phénomènes géologiques
et géomorphologiques, tout cela a obligé les zones arides
à évoluer.
Car, je voudrais le souligner, les déserts, dans leur grande
majorité, ne se déplacent pas. Selon moi, les mouvements
tectoniques mettent seulement une partie de la surface terrestre "à
l'intérieur" de la zone géoclimatique d'aridité à
un moment donné, moment pouvant durer des millions d'années,
en rapport avec la vitesse relative de déplacement des masses en
mouvement. Toujours d'après moi, tout déplacement de la croûte
terrestre change l'emplacement des zones arides.
Le climat de la Terre a subi d'importantes modifications selon
les périodes géologiques (glaciations, inter-glaciations
pourraient être considérées, à l'échelle
de l'âge du globe, comme des "accidents climatiques"…), mais la zone
géoclimatique elle-même évolue peu ou prou. Sur les
deux hémisphères, on note la présence constante d'une
"ceinture aride". Ainsi le désert du Sahara devrait évoluer,
selon ma propre théorie, à cause du changement progressif
de sa position géoclimatique (dérive des continents), et
en fonction de l'augmentation ou de la diminution du volume des glaces
polaires.
Il y a environ 18000 ans, l'extension des calottes polaires, qui
pourrait être due à une modification de l'inclinaison de la
Terre sur son axe, réduit la "ceinture aride" de l'hémisphère
nord, et apporte un climat méditerranéen au nord du Sahara.
La rétraction de la calotte du Pôle Nord, il y a 12000 ans
environ, va plonger le désert saharien dans une période d'extrême
aridité, sur une superficie supérieure à l'actuel
désert ; puis une augmentation du volume des glaces couvrant l'Antarctique
fait remonter la ceinture aride australe vers le nord, apportant une période
humide prospère au Sahara. Enfin, il y a 4500 ans, un nouveau réchauffement-rétraction
de la calotte du Pôle Sud remet les "choses en place", et le désert
avec. C'est ce phénomène qui fait évoluer actuellement
la frontière du Sahara plus au sud, et nous en sommes les témoins
impuissants…
La dérive des continents est, toujours à mon avis,
l'une des conséquences majeures des évolutions des climats
continentaux au cours des temps passés et à venir. "Poussez"
la France à la place du Groenland, et le climat subira des modifications
à l'évidence. En fait, ce n'est pas le climat qui change,
mais la position géographique des plaques terrestres à un
moment donné. Ainsi les déserts peuvent-ils coloniser les
dépressions, plaines, montagnes, côtes maritimes ou océaniques,
les îles, selon leur position géoclimatique. Ils ont évolué
localement simplement par la création de barrières orographiques,
elles-mêmes créées par la tectonique des plaques.
Les zones arides ne se contentent donc pas des espaces terrestres.
S'agissant d'une position péritropicale, les espaces marins (mer
d'Aral en C.E.I par ex.) et océaniques, lagunaires même (Lac
Titicaca en Bolivie…) situés dans cette zone sont également
arides; la présence d'îles à climat subdésertique
ou semi-aride confirme bien cette tendance de l'aridité à
occuper une région prédéfinie, qu'elle soit terrestre
ou océanique : Galapagos (Amérique du Sud), Canaries (Afrique
occidentale), Socotra (Mer d'Oman)…
Il existe des "déserts" fossiles, comme à Botucatù
au sud du Brésil (aujourd'hui 1000 à 2000 mm annuels), ou
encore au Vénézuela, régions aujourd'hui à
climat tropical humide ou tempéré. Au Tertiaire par exemple,
un climat subdésertique s'étendait du Nebraska (Chimney Rock)
au Sud-Dakota (Badlands). Les observations et découvertes personnelles
que j'ai pu faire dans de nombreuses zones arides démontrent (s'il
en était encore besoin !) que les paléoclimats étaient
à l'opposé de ce que l'on y connaît à présent
: poissons fossiles, restes de Crocodiles et de Tortues Trionyx au Sahara,
Coraux et Pectens du Dasht-i-Kévir, en Iran, Echinodermes du Jurassique
dans le désert de Thar en Inde, etc. Certains déserts actuels,
comme celui du Thar en Inde, se sont trouvés sous les glaces des
Pôles durant le Carbonifère (région de Bap), d'autres.ont
subi l'effet de transgressions marines, comme le Dasht-i-Kévir,
en Iran. Des portions bien localisées des déserts actuels
de l'Arizona aux USA, du Sahara algérien, du Simpson en Australie
ou de l'Atacama au Chili ont été recouvertes, il y a environ
190 millions d'années, d'immenses forêts, aujourd'hui silicifiées,
"pétrifiées".
Lors du vol de la navette spatiale Columbia en 1981, les photos
radar ont permis de déceler sous le sable de la région de
Namara en Lybie, la présence d'un gigantesque réseau hydrographique
vieux de 35 millions d'années !
• Répartition et Systématique.
Selon les critères (climatiques, phytogéographiques…)
choisis par les spécialistes, le domaine aride recouvre de 18 à
31% de la surface des terres émergées, soit quelque 22 320
000 km2 sans compter les régions polaires.
Il existe plusieurs types de classement des zones arides. Le classement
géographique les subdivise en 6 groupes :
Amérique du Nord,
Amérique du Sud,
Afrique du Nord,
Afrique du Sud,
Asie,
Australie.
C'est évidemment le plus pratique, et cela permet une classification
numérique, biogéographique ou climatique plus rationnelle.
Parmi les autres classifications, on peut citer celle qui sépare
les déserts chauds des déserts froids. Précisons que
ces derniers n'ont rien à voir avec les "déserts polaires",
mais sont liés au fait d'une haute altitude et, ou d'une situation
continentale nettement marquée. La classification selon les critères
d'aridité (hyperaride, aride, semi-aride, subhumide) est encore
très utilisée, mais reste floue, puisque personne n'est vraiment
d'accord pour s'entendre sur la définition précise de l'aridité,
chacun ayant la sienne propre.
Le classement selon le degré d'évapotranspiration
(Capot-Rey 1951) est encore abstrait, mais la combinaison de tous ces éléments
(température, hygrométrie, précipitations, évaporation,
climat, durée de sécheresse, etc.), tout en compliquant la
tâche des chercheurs, devrait leur permettre d'apporter un semblant
de réponse. De fait, les déserts n'ont pas de frontières
d'aridité toutes tracées, et là où un désert
littoral peut être hyperaride, un désert continental peut
se révéler semi-aride.
Nous allons utiliser le classement géographique dans cette
énumération forcément incomplète et très
subjective des régions qui portent le nom de steppe ou de désert,
sans nous occuper, dans un premier temps, de leur degré d'aridité.
L'important est d'abord de bien les situer dans ce que j'appellerai les
principales "masses désertiques" du globe. Le désert en général
pourrait être considéré comme une famille constituée
de divers groupes au sein desquels on trouve des régions bien délimitées,
ayant leur propre "identité" : par exemple, la Vallée de
la Mort dans le désert de Mojave, en Californie (USA).
Il est à noter que les superficies indiquées sont
grossières, et n'expriment qu'une des nombreuses interprétations
de la surface des zones arides, selon les définitions qu'on leur
attribue.
1/ GROUPE AMERIQUE DU NORD (± 1 800 000 km2)
• Grand Bassin : Monument Valley (Utah), Grand Lac Salé
(Utah), Smoke Creek (Nevada), Black Rock (Nevada), Painted Desert (Arizona),
• Mojave : Death Valley ou Vallée de la Mort (Californie),
Amargosa (Nevada),
• Sonora : Anza-Borrego (Californie), Carrizo (Californie), Manzanilla
(Californie), Salton Sea (Californie), Yuma (Californie-Arizona), Gila
(Arizona), Tule (Arizona), Lechuguilla (Arizona), Altar (Sonora, Mexique),
Grand Desierto (Sonora, Mexique), Vizcaino (Basse-Californie, Mexique),
• Chihuahua : Nouveau-Mexique, Texas (USA), Bolsòn de
Mapimi (Coahuila, Mexique),
2/ GROUPE AMERIQUE DU SUD (± 1 100 000 km2)
• Atacama : Tarapaca, Pampa del Tamarugal, Vallée de la
Lune (Chili), Lurin, Sechura, Nazca (Pérou),
• Argentine : Patagonie, Monte, Gran Chaco (Paraguay-Argentine),
• Bolivie : Salar de Uyuni,
• Nordeste brésilien : Sertao, Caatinga,
• Colombie-Vénézuela (zone côtière)
: péninsule de la Guajira,
3a/ GROUPE AFRIQUE DU NORD (± 10 000 000 km2)
• Espagne : Steppe espagnole, Iles Canaries,
• Sahara : Nubie (Egypte), Désert arabique (Egypte), Sahel
(Mauritanie, Mali) Tanezrouft, (Algérie), Ténéré
(Niger), Sirte, Oubari, Murzuk, Sarir, Rébiana (Lybie), Bayuda (Soudan),
3b/ GROUPE AFRIQUE DU NORD (EST)
• Danakil : Ethiopie, Djibouti,
• Kenya : Turkana, Chalbi, Kaisut, Steppe Masai,
• Somalie : Ogaden,
4/ GROUPE AFRIQUE DU SUD (± 600 000 km2)
• Namib : Damaraland, Kaokoland (Namibie), Mossamedès (Angola),
Grand Karoo, Namaqualand (Afrique du Sud)
• Kalahari : Botswana,
• Madagascar : Steppe malgache du Sud-Ouest,
5a/ GROUPE ASIE (PROCHE ET MOYEN-ORIENT) (± 3 600 000 km2)
• Désert d'Arabie : Nefud, Dahna, Rub'al-Khali, El Akhaf,
Hedjaz, Nedjed (Arabie Saoudite), Hadramaout (Yémen),
• Désert de Syrie : Chamiyé (Syrie), Neguev, Judée
(Israël), Sinai (Egypte), Iraq, Jordanie,
• Turquie : Steppe d'Anatolie,
• Désert d'Iran : Dasht-i-Kévir, Dasht-i-Lout,
Kirman, Baloutchistan (Iran-Pakistan),
• Afghanistan : Dasht-i-Margo, Leili, Naomid (Iran-Afghanistan),
• Grand Désert Indien : Thar (Inde), Sind, Cholistan,
Thal, Thalab (Pakistan),
5b/ GROUPE ASIE (ASIE MOYENNE ET CENTRALE) (±2 420 000 km2)
• C.E.I. (ex URSS) : Karakum (Turkménistan), Kyzylkum (Ouzbékistan),
Turkestan, Chilmadekkum (Turkestan), Karynzharyk, Steppe de Karchinska,
Steppe de Mugan, Steppe de Shirvan, Steppes de la faim (Kazakhstan), Steppe
de Nogai,
• Chine : Takla-Makan, Gobi (Chine-Mongolie), Ordos, Pei-Shan,
Ala-Shan, Plateau du Tibet, Tsaïdam, Dzoungarie),
6/ GROUPE AUSTRALIE (± 3 400 000 km2)
• Grand Désert de Sable : Tanami, Canning,
• Gibson,
• Simpson : Sturt Stony Desert,
• Great Victoria Desert : Nullarbor Plain, Ninety-Mile Desert,
7/ GROUPE REGIONS POLAIRES
Bien qu'il ne m'agrée pas, pour des raisons essentiellement
biogéographiques et climatiques, de classifier les régions
polaires parmi les déserts, je ne puis néanmoins les passer
sous silence :
• Zone arctique : Groenland (et dans une certaine mesure, l'Islande),
• Continent antarctique : Vallées sèches.
Cette liste n'est pas limitative, et il existe certainement d'autres
lieux géographiques faisant référence à une
certaine aridité : la Sierra de Guara en Espagne, et même
la Corse (désert des Agriates) !
*
DESERT, UNIVERS DE L'EXTREME.
• Climats : sensations et réalités.
Il m'est souvent arrivé de trouver mon véhicule
(un vélo…) couvert de givre au petit matin. Dans le désert
de Gibson, l'hiver austral peut réserver ce genre de surprise. Plus
commune, mais toujours surprenante, la rosée n'est pas absente des
zones arides, et le désert côtier péruvien a imprégné
plus d'une fois ma toile de tente d'une fraîche condensation.
Cette eau, visible sous forme de givre ou de rosée, ne
peut être enregistrée par les pluviomètres ; pourtant,
dans certaines régions arides, notamment côtières,
elle correspond à un supplément minimum estimé de
40 mm, allant jusqu'à 250 mm d'eau annuels ! Elle apparaît
à la fin de la nuit, et se condense lorsque l'humidité atmosphérique
est élevée, et que la température est encore relativement
basse. Paradoxalement, dans les contrées plus humides, cette rosée
n'est pas toujours présente, car la température ne descend
pas suffisamment pendant la nuit.
Pour cette raison, on peut concevoir des cultures au ras du sol
(tomates, melons, courgettes, pastèques…) dans une région
aride où il n'y a pratiquement pas de pluie, uniquement par l'utilisation
rationnelle de la rosée. D'ailleurs, et nous le verrons plus tard,
la végétation locale s'est adaptée à des endroits
où la pluviométrie est erratique, sinon nulle : Tillandsia
du désert de Lurin au Pérou, Copiapoa du désert d'Atacama
au Chili, Welwitschia mirabilis du Namib, etc.
L'humidité est surtout présente dans les déserts
littoraux, là où l'aridité est provoquée (entre
autres) par la présence de courants froids : le Sahara côte
ouest, l'Atacama au Chili, Le Namib en Namibie, l'Australie occidentale,
la Basse-Californie au Mexique, la Patagonie en Argentine… Ce phénomène
a même un nom au Pérou (la Garùa) et au Chili (la Camanchaca).
En 1976, au mois de juillet, dans le désert de Mojave,
en Californie, la chaleur est infernale. Pourtant des nuages lourds et
noirs annoncent une pluie certaine. La pluie tombe effectivement, sans
arriver jusqu'au sol ; les gouttes sont évaporées avant d'atteindre
le sol surchauffé. En 1993, d'autres nuages arrivent sur les contreforts
des monts Amargosa qui limitent la Vallée de la Mort ; en quelques
secondes, ces nuages s'évaporent sous les yeux ébahis des
témoins, et disparaissent du ciel sans avoir pu approcher la terrible
Vallée. En février 1988, dans ce même désert
californien, les précipitations réussissent à toucher
le sol, mais sous forme d'une épaisse couche de neige !
Il ne suffit donc pas que l'eau tombe, encore faut-il que de nombreuses
conditions météorologiques favorables soient réunies
pour que le désert puisse en profiter…
"Le désert donne la fièvre à ceux qui veulent
prendre sa température !"
Il subsiste dans l'esprit de la plupart des gens, une image tenace
: dans les déserts (et l'on pense au Sahara), il fait chaud le jour,
et froid la nuit. La persistance de cette affirmation tient sans doute
au fait que la majeure partie des voyages et expéditions s'effectue
durant le court hiver saharien. Pour ceux qui l'ont vécue, cette
sensation est créée par le phénomène nycthéméral
d'amplitude thermique et, ou à l'altitude. Le tourisme désertivore
hivernal tend à conforter cette image. La réalité
est tout autre…
Au mois d'août 1966 à Béchar (Algérie),
malgré les climatiseurs, nous devions supporter une température
nocturne de plus de 30°C. Lors de la traversée du désert
de Yuma (Arizona) en juillet 1979, la chaleur diurne est insupportable
(+53°C max. abs.), l'eau de ma réserve atteint +35°C. La
nuit ne sera ni fraîche, ni réparatrice, mais blanche et brûlante
: +36°C. Un autre relevé, communiqué par M. Mainguet
en 1989 : le 29 juillet à Adrar (Mauritanie), la température
est de +49°C. Durant la nuit, elle parviendra à descendre à
un minimum de…+28°C !
Eh oui ! La majeure partie de l'année, dans les déserts
péritropicaux, c'est l'été : il y fait très
chaud le jour, et encore très chaud la nuit (exception faite des
déserts d'altitude, évidemment…). Les températures
diurnes ou nocturnes que l'on y relève sont souvent éloignées
de nos "impressions", qui ne reflètent pas forcément une
réalité climatique. Après avoir supporté des
-50°C, les Inuits (Esquimaux) doivent trouver des -20°C. bien agréables…
On peut donc affirmer qu'il existe des amplitudes thermiques très
variables, mais pas plus importantes dans les régions arides que
dans les zones tempérées. Théodore Monod cite l'exemple
d'une amplitude maxima absolue* de 61.3°C pour Tindouf (Algérie),
et de 63.2°C pour… Lyon (France !).
* (différence entre le maximum le plus élevé
et le minimum le plus bas calculé sur plusieurs années).
Bien sûr, il existe des microclimats très localisés,
et des impressions basées sur une certaine réalité.
Combien de fois me suis-je amusé, en pleine chaleur méridienne,
à creuser dans la dune une litière de quelques centimètres
de profondeur, et me glisser dans sa fraîcheur relative avec délices…
Les sables sont très mauvais conducteurs de la chaleur, et seules
les couches superficielles sont surchauffées. Ce phénomène
est aggravé par le fait qu'il n'existe aucun écran nuageux
ou végétal pour freiner les radiations. Pour les mêmes
raisons, cette chaleur diurne disparaît rapidement après le
coucher du soleil.
Plusieurs nuits passées dans l'erg Mehedjebat (Algérie)
sont glaciales en plein hiver, proches du 0°C, avec une hygrométrie
quasiment nulle (pas de condensation relevée). Le même camp
installé quelques nuits plus tard près du canyon de Tim Meskis
au pied d'une falaise ne donnera pas les mêmes sensations. Le sac
de couchage posé sur une énorme dalle de grès, une
douce tiédeur m'a envahi pratiquement toute la nuit. Sur les hamadas,
au pied des tassilis, la radiation est identique, mais le rayonnement (albedo)
et la réflexion diffusent plus lentement les calories pendant au
moins une bonne partie de la nuit. La roche forme une couche naturellement
thermo-isolante.
L'air au désert n'a pas partout la même densité
et la même température ; les dépressions thermiques
se forment généralement au-dessus de régions très
chaudes. Les tourbillons de poussière ("willy-willy" en Australie,
par ex.) ne sont rien d'autre que de petites dépressions thermiques
très localisées.
Les mirages sont la conséquence de ces masses d'air de
densités et de températures inégales. Les couches
d'air surchauffées sont concentrées au ras du sol et "comprimées"
par des masses d'air froid, plus denses, provoquant la réfraction
de la lumière. L'air chaud infléchit les rayons lumineux,
et reflète une portion du ciel, qui donne l'impression d'une étendue
d'eau ; cette impression est renforcée par le mouvement de l'air
chaud qui vibre.
Des images plus complexes peuvent se former et faire apparaître
des arbres, un village là où il n'y a rien. Le phénomène
du mirage est amplifié par ce que l'on pourrait appeler une double
formation en "périscope". Ainsi, un village caché par un
relief pourra, si le "périscope" se forme en avant de la colline,
donner une image redressés, très déformée,
et offrir le spectacle d'une oasis factice (ou du moins à l'endroit
où on l'observe).
• Espace en mutation : l'alchimie magique.
Comme il existe des forêts pluviales, décidues, taïgas,
forêts tropicales, savanes, forêts à feuilles sclérophylles,
mangroves, forêts steppiques, nébuleuses, forêt-galeries
etc., les déserts peuvent revêtir différents aspects,
essentiellement liés à leur position géoclimatique.
D'une extrême à l'autre, l'une des classifications possibles
est la suivante : désert vrai (hyperaride), désert atténué
(aride, semi-aride), steppe, savane (subhumide), maquis, prairie….
Les types de déserts climato-géographiques les plus
représentatifs sont les déserts dits "chauds", comme le Sonora
au Mexique, les déserts dits "froids" (avec une très forte
amplitude thermique en hiver) comme le Gobi en Mongolie, les déserts
continentaux, comme le Takla-Makan en Chine, et les déserts côtiers
(ou littoraux), comme le Namib en Namibie.
L'aspect minéral du désert est celui qui, immédiatement,
frappe l'œil (ou l'imagination) du voyageur : une immensité pétrée,
revêtant des formes variées, sablonneuses, graveleuses, argileuses,
rocailleuses, salines, au relief uniforme ou tourmenté, à
l'infini.
Ces formes ont toutes une origine géologique. L'étude
des sols (ou pédologie) en rapport avec le climat et la végétation,
permet de constater que l'origine du relief actuel est essentiellement
d'ordre mécanique, les agents chimiques ne pouvant agir efficacement
qu'en présence d'eau. Le vent et l'amplitude thermique vont être
les facteurs déterminants du modelé du paysage désertique
et de son évolution.
Au Sahara surtout, on remarque en tous points des sables en train
de se consolider : nous voyons naître des grès. Ailleurs,
ce sont d'anciens grès qui se désagrègent et redeviennent
des sables. Le matériau primaire des dunes se reconstitue ; le désert
est un perpétuel recommencement.
• L'eau, le vent, le minéral : le Grand Brassage.
Différents types d'érosion agissent sur le paysage
des déserts. Les agents atmosphériques remarquables par leur
action sont l'eau et le vent… L'érosion pluviale est rare, souvent
violente, toujours marquée par le délavement des roches,
et son action est plus destructrice que bienfaitrices. De plus, un sol
dénudé, parfois si dur qu'il paraît bétonné
par les sécheresses successives, accroit la puissance de l'eau qui
ruisselle, devenant vite torrentielle lorsqu'elle dévale les canyons,
emportant tout sur son passage, minéral, végétal,
animal, et même humain dans des inondations spectaculaires. Pour
les habitants du désert, il est malheureusement plus fréquent
d'y mourir noyé que d'y mourir de soif.
Dans le désert Turkana, au Nord-Ouest du Kenya en septembre
1983, la saison sèche perdure. Des nuages d'orage s'installent sur
les collines avoisinantes. Un véritable mur d'eau s'avance, le noir
des nuages provoque l'occultation du soleil. Juste le temps de sortir d'un
gué, et des trombes d'eau s'abattent ; en 20 minutes, la rivière
qui n'était qu'un maigre filet d'eau stagnante devient un torrent
arrachant tout sur son passage. La tourmente s'éloigne, mais les
eaux dévastatrices, ne rencontrant que peu d'obstacles, continuent
à dévaler les collines, prenant de la force avec la vitesse
d'écoulement. La rivière déborde de son lit, devient
un fleuve en furie ; les eaux limoneuses bouillonnent dans un tumulte grandissant,
un bruit assourdissant, charriant des arbustes et des branches d'acacias,
et la piste elle-même, détrempée, n'est plus qu'un
fleuve de boue.
Au petit matin, le sol devenu spongieux, a presque tout absorbé
!…
Le désert est le pays où l'eau se démesure
: toujours trop peu, ou simplement trop !
• Erosions.
Qui peut, mieux que le vent, exprimer le mouvement du désert
? L'érosion éolienne fabrique les cailloutis et les étendues
de sable, un peu comme le robinet qui goutte, et finit par remplir la baignoire.
L'insignifiant crée le gigantesque ; le vent érode, abrase,
éparpille, trie, déplace chaque grain, le polit, l'utilise
comme de la toile émeri ou du papier de verre pour user les montagnes,
adoucir les rochers, leur donnant ce "vernis éolien".
Le vent est omniprésent : il joue avec la matière,
usant les esprits forts, exténuant les corps. Nous savons quelque
chose de ce vent si puissant qu'il apporte du Sahara jusque dans nos contrées
grises et pluvieuses, et par dizaines de millions de tonnes, de la poussière
de sable qui se dépose quelquefois en France ou ailleurs, transformant
nos voitures en véhicules sahariens. Le loess fertile de la Chine
n'aurait pas d'autre origine que le désert de Gobi.
En 1982, un nuage de 1500 km de longueur, observé par satellite
et provenant du Sahara, arriva jusqu'en Floride (USA), où il déposa
de telles quantités de poussière de sable qu'il augmenta
considérablement (et d'une manière pourtant naturelle…) le
taux de pollution ! Ce sont, d'après les spécialistes, 1
million de tonnes qui se déplacent ainsi chaque année sur
l'Europe, 50 millions de tonnes par an sur le monde !…
L'importance de ces vents, autant en puissance qu'en durée,
a conduit l'homme à leur donner presque une âme, en les nommant
: sirocco, ghibli, harmattan, chubasco, khamsin, simoun, bergwind, etc.
Les grandes variations de températures dues à une
forte amplitude thermique entre le jour et la nuit font apparaître
un phénomène de thermoclastie ; selon que la roche est plus
ou moins foncée, plus ou moins dense, l'absorption des calories
sera plus ou moins importante. Les roches se fissurent, les galets éclatent,
puis finissent par se désagréger. Aujourd'hui, on tend à
minimiser l'action de la thermoclastie au bénéfice des agents
principaux, la cryoclastie et la haloclastie.
En présence d'humidité, de rosée, subissant
une alternance "humectation-dessication" en étant constamment imbibés
puis desséchés, les sels minéraux viennent cristalliser
à la surface, colorant les roches, leur donnant ce qu'on appelle
une patine : c'est l'action de l'hydroclastie.
Une altération physique des roches conduit à la
cryoclastie : l'action extrêmement puissante du gel provoque la cassure,
l'éclatement et la destruction rapide de blocs importants. Dans
le désert côtier de Lurin, au Pérou, j'ai pu constater
un type d'érosion caractéristique des déserts littoraux,
la haloclastie ; les galets sont humectés de solution saline, se
fracturent et finissent par se désagréger.
Grâce à une très faible hygrométrie,
les régions arides permettent la conservation de minéraux
à formule hydratée, comme l'opale (Mexique, Australie…),
la turquoise (Iran, USA…), la copiapite et la coquimbite (Chili). Les analogies
minéralogiques dues au milieu : pétrole, bois silicifié…
sont en rapport avec les paléoclimats qui se sont succédés,
et leur évolution. L'aspect économique des minéraux
est loin d'être négligé, et l'homme exploite (bien
souvent au-delà du raisonnable…) les ressources géologiques
des zones arides.
Le paysage du désert semble immuable, mais il se modifie.
Le vent crée la déflation, balayant les débris les
plus fins, qui viennent attaquer les cailloux des plaines et provoquent
sur eux la corrasion par abrasion, laissant sur les hamadas de gros blocs
rocheux bien polis et débarrassés des plus fines particules
minérales. Il ne se trouve pas un seul désert d'où
je n'aie rapporté quelques jolis cailloux à facettes (dreikanters),
polis, modelés par les grains de sable et le vent.
Ainsi se forment, dans une alchimie de matières et d'obstacles,
les paysages fantastiques des zones arides : les ergs sont fait de l'accumulation
des sables dunaires, le reg est constitué du pavage de blocs de
pierres plus ou moins grossier. La hamada, dalle gigantesque ou carapace
d'un plateau rocheux, est un autre paysage typique du désert. Lacs
salés, sols latéritiques, polygones d'argile, etc. font aussi
partie du panorama des régions arides.
• Le paysage au désert : de l'esthétique des formes.
Le désert façonne ses paysages propres, dans une
morphogenèse extrêmement lente, toutefois plus rapide durant
les phases climatiques humides. le relief se crée selon la dureté
des roches (érosion différentielle), édifiant des
inselbergs, mesetas ou canyons… Fréquents, les accidents tectoniques
provoquent des failles et des plissements : la Vallée du Rift, en
Afrique orientale, la faille de San Andreas en Californie, sont des exemples
remarquables des mouvements tectoniques qui animent la surface du globe.
L'un des aspects les plus spectaculaires est le volcanisme, actif
ou éteint ; en Ethiopie, dans le désert de Danakil, une dépression
abrite le volcan Erta'ale, d'où fusionne perpétuellement
un lac de lave. En Algérie, dans le Hoggar, c'est à l'ère
Tertiaire (Cénozoïque) que le volcanisme dépose, dans
un premier temps des laves fluides (basaltes) ; puis des culots de lave
visqueuse (phonolithes, trachytes) bouchent les cheminées qui, par
érosion différentielle, finissent par être dégagées
en dômes ou en aiguilles, donnant le relief typique du Massif de
l'Atakor. Formation identique pour Agathla Peak, en Arizona, à proximité
de Monument Valley…
Dans une période géologique très récente,
il y a environ 1000 ans, un magnifique cratère d'explosion s'est
formé sur les hauteurs enserrant la Vallée de la Mort en
Californie ; une violente déflagration de gaz a entrainé
une pluie de cendres, créant le paysage surréaliste de Ubehebe
Crater.
Présents sur toute la Terre, les impacts météoritiques
sont particulièrement bien conservés dans les zones arides.
Le plus célèbre d'entre eux, à défaut d'être
le plus grand, est Meteor Crater, dans le désert d'Arizona, avec
1300 m de diamètre. Il y a 22000 ans environ, un gigantesque météore
de 2 millions de tonnes déchira le ciel, et à une vitesse
estimée à 70000 km/h, percuta le sol. Le choc fut si terrible
que toute vie animale et végétale fut anéantie dans
un rayon de 160 km, et que les grès choqués, changèrent
de forme, et donnèrent un nouveau minéral, la cœsite.
Il existe également des cratères d'origine météoritique
en Australie, entre Alice Springs et Ayers Rock. Quant à la météorite
de Chinguetti en Mauritanie, on a dû convenir qu'il sagissait en
fait d'une butte de roches sédimentaires n'ayant aucun rapport avec
un quelconque cratère d'impact ou d'explosion.
• Le vent : un architecte plus qu'un destructeur.
Combinée ou non à l'érosion pluviale, l'érosion
éolienne édifie de suberbes ouvrages d'art ; buttes-témoins
(Monument Valley en Utah, USA), pinacles (Sahara algérien, désert
australien), champignons (Ennedi, Tchad), yardangs (désert du Lout
en Iran), cheminées de fées (Nouveau-Mexique, USA), arches
(Utah, USA), etc.
Les formations dunaires qui jouent si bien avec le vent, sont
tellement complexes qu'elles donnent libre cours à une pléthore
de termes pour définir chacune d'elles : erg (ensemble de dunes),
ghourd (massif dunaire en forme de pyramide ou d'étoile), barkhane
(dune en croissant), nebka (microdune créée par la végétation),
aklé (dunes parallèles, comme celles du désert de
Simpson en Australie), draa (chaîne montagneuse composée de
dunes), etc !
• Les cours d'eau et grands fleuves des déserts.
L'étude orographique des zones arides et semi-arides oblige
à constater des traces anciennes, voire récentes de la présence
de l'eau courante. Une grande partie du réseau hydrographique a
une activité réduite et souterraine. Ces sous-écoulements
sont repérables grâce à la végétation
arbustive qui les suit d'une manière apparemment erratique. De nombreux
cônes alluvionnaires (cônes de déjection) attestent
de la puissance torrentielle des eaux courantes de surface à une
époque passée, donnant même l'impression de crues fréquentes.
Vallées et montagnes, glacis, piémonts, restituent
assez bien l'ambiance d'un passé hydrogéologique ; les réseaux
exoréiques, qui débouchent vers la mer, ont un tracé
souvent tortueux (Colorado aux USA, Rio Sao Francisco au Brésil…),
et sont une présence quasi-miraculeuse pour l'homme (le Tigre, l'Euphrate
en Iraq, le Rio Grande entre le Mexique et les USA…), devenant même
le lieu de culte de toute une civilisation (Jourdain en Israël, Nil
en Egypte, Indus au Pakistan…).
Mais les fleuves des déserts n'arrivent pas tous, loin
s'en faut, à rejoindre les océans. L'endoréisme de
ces cours d'eau (Copper Creek en Australie, par ex.) les amène fatalement
à des dépressions fermées (sebkhas, playas, kévirs,
chotts, bolsones…) où l'eau se perd par infiltration et évaporation.
La remontée des sels minéraux et leur concentration par évaporation
de l'eau crée des sols sursaturés, lieux impropres à
l'installation de la plupart des espèces végétales
et animales, sauf pour celles qui sont halophiles ou gypsophiles.
L'arrivée des pluies provoque, on l'a vu, une abondance
de crues, et les lits secs des rivières sont vite submergés.
A cours d'eau périodique, on préférera le terme de
cours d'eau temporaire, car leur apparition et leur débit sont plus
qu'irréguliers, et cela ne dure jamais bien longtemps. Là
aussi, on dispose d'un vocabulaire riche et varié selon les régions
arides pour définir ce type de cours d'eau : arroyos (Mexique),
oueds (Afrique du Nord), wadis (Proche-Orient), creeks (Australie)…
Avant que l'eau ne se retire tout à fait, il peut subsister
en quelques points, des mares, voire des lacs : garas, dayas, gueltas…
Douces, saumâtres ou franchement salées, ces eaux s'infiltrent
dans les profondeurs des sols, ou finissent par se transformer par évaporation
en lacs salés, salars (Amérique latine), lagunas (Mexique),
solontchaks, solonetz (CEI), sebkhas (Sahara), kévirs (Iran), harhas
(Syrie), pans (Afrique australe), sais (Gobi), laagtes (Kalahari)…
L'eau qui disparaît si rapidement en sous-sol donne à
penser qu'en profondeur, de nombreuses nappes phréatiques doivent
subsister. certaines sont en effet à 3 ou 4 m de profondeur ; on
en trouve d'autres à 90 m de la surface (désert du Kalahari,
Botswana). A 2000 m et plus, des nappes d'eau fossile, parfois de véritables
lacs souterrains, sont emprisonnés depuis des milliers d'année
(Oregon aux USA, Lybie, etc.). Ces nappes ont souvent été
découvertes à la faveur de recherches pétrolières.
On ne sait pas dans quelle mesure elles sont complètement fossiles,
et on espère qu'elles soient alimentées, d'une manière
ou d'une autre, ce qui paraît pour l'instant assez peu probable.
L'utilisation de l'eau par l'homme fera l'objet d'un chapitre tout particulier…
DESERT, ESPACE VIVANT.
Voilà un chapitre, pourrait-on penser, sur lequel on ne
s'étendra pas. Quoi dire de la flore, sinon qu'elle est rare ? Evidemment,
si l'on consacrait un ouvrage aux seuls déserts vrais, où
l'hyperaridité règne en quasi permanence, l'étude
biologique serait triste et rapide, et n'aurait qu'un intérêt
limité à quelques rares espèces d'insectes et de bactéries…
Mais est-ce bien intéressant d'écrire un livre sur les déserts
"vrais", si c'est pour dire que la vie y est pratiquement absente ?…
Un premier paradoxe : le grand désert du Sahara possède
à lui seul plus de 1200 espèces de plantes à fleurs.
En fait, le nombre d'espèce ne veut pas dire grand-chose si l'on
ne considère pas également la superficie d'occupation. Peut-on
comparer la Vallée de la Mort (1000 espèces pour 4800 km2,
soit ± 20 espèces/km2) au Sahara (1200 espèces pour
10 000 000 km2, soit ± 0,00012/km2) ? Ces chiffres abstraits sont
néanmoins le reflet d'une certaine réalité de la distribution
phytogéographique. L'étude de la flore des zones arides et
semi-arides fait apparaître une grande diversité, plus marquée
dans les zones "tampons" (écotones) subhumides. Notons tout de même
l'irrégularité de la distribution végétale.
L'étude des paléoclimats fait intervenir entre autres,
celle des fossiles (paléobotanique) et celle des pollens (palynologie).
Les fossiles végétaux, comme les nombreux troncs silicifiés
du Trias (tous les déserts en recèlent) ont entre 190 et
225 millions d'années, et nous donnent une indication assez précise
des anciens climats qui régnaient au début du Secondaire
(Mésozoïque). Les forêts pétrifiées d'Arizona
(USA), d'Aoulef (Sahara algérien), d'Aurus (Namibie), de l'Atacama
(Chili), Coober Pedy (Australie) ou Chamdan (désert de Thar, Inde)
reflètent une troublante analogie chrono-climatique.
La palynologie n'apporte que peu de réponses, parce que
les sédiments lacustres ou tourbeux contenant des pollens semblent
extrêmement rares. Des prospections sont encore à faire
dans ce domaine*…
Des flores relictes, véritables fossiles vivants, existent
encore dans des régions très localisées (Oliviers
et Cyprès du Tassili et du Hoggar au Sahara, par ex.) aux micro-climats
menacés. Les espèces végétales présentes
au désert, mises à part celles qui vivent dans des micro-climats
humides (oasis par ex.), sont adaptées ou en cours d'adaptation
au milieu.
* Suzanne Dupont, UER Nantes, Com. pers. du 4 mars 1982.
• L'univers végétal : n'est pas cactus qui veut !
Il y a plusieurs dizaines de millions d'années, les plantes
des déserts d'aujourd'hui se trouvaient pour leur majeure partie,
en zone tropicale humide, et composaient une végétation luxuriante.
Peu à peu, le climat change, imperceptiblement, mais inexorablement
; certaines régions voient leur régime de pluies diminuer,
les précipitations devenir exceptionnelles. Lentement, au cours
de centaines de milliers d'années, le paradis tropical va se transformer
en un enfer : le désert…
Heureusement, le temps et l'évolution vont permettre aux
plantes (aux animaux et à l'homme…) de supporter ces transformations
du milieu humide en milieu aride : les plantes annuelles comme les pérennes,
les arbres comme les herbes. Et à chacune leur méthode !
L'adaptation des plantes à un milieu aride (ou humide,
ou froid…) semble avoir été d'abord une sélection
naturelle des individus résistants aux changements de climat, même
subits, suivie par une adaptation sélective, éliminant des
genres ne pouvant plus s'adapter à un nouveau type de climat.
Lors de l'hiver 1985 à Nantes en Loire-Atlantique, le gel
et surtout l'humidité ont détruit les 2/3 de ma collection
de plantes succulentes en serre froide (et non maintenue hors-gel) : la
température maximale extérieure était tombée
à -17°C, et l'intérieur de la serre accusait un minimum
de -9°C. Seuls les jeunes semis, les plantules (toutes espèces
et provenances confondues) résistèrent à ces basses
températures temporaires, et permirent la régénération
de la quasi-totalité de la collection.
Les plantes arrivées à un tel degré d'adaptation,
les plantes "récentes", apparues vers la fin du Tertiaire, début
du Quaternaire, comme les Cactacées, les Orchidacées (ce
qui correspond d'ailleurs à l'installation géoclimatique
des déserts d'aujourd'hui), paraissent si évoluées,
qu'un brutal changement des conditions climatiques peut les faire
disparaître.
En fait le constat de régénération des populations
après des conditions adverses mortelles pour des plantes adultes,
démontre que ces végétaux "supérieurs" n'ont
pas terminé leur évolution, et pourraient semble-t-il (par
mutation ou autre…) s'adapter à de nouveaux climats. A condition
que l'homme n'interfère pas avec ces conditions : le défrichage,
la déforestation, le brûlis, le pâturage, etc.
Evidemment, des périodes prolongées de sécheresse
peuvent faire disparaître des flores entières, des associations
végétales complexes. A cause de ces fluctuations extrêmes,
il est probable qu'à un certain degré, l'élimination
naturelle de certaines espèces inadaptées est irréversible
(phénomène global d'évolution biologique de la planète),
et que la recolonisation de ces régions, si elle est possible, ne
se fera pas avant de longues périodes géologiques, et à
la seule condition (plus qu'hypothétique !) que l'homme n'intervienne
pas…
• Stratégies pour la survie.
Bien avant qu'ils ne soient exposés aux "ceintures arides",
les végétaux ont commencé à combattre la sécheresse
et la chaleur par des moyens spécifiques ; mais la lutte n'offre
qu'une alternative : échapper à l'aridité ou résister.
Autrement dit, nous allons trouver des "déserteurs" et des "résistants"
dans la "guerre du désert"…
Les premiers ont pris ce qui semble la meilleure et la plus simple
des solutions : échapper à l'aridité. cela n'implique
pas des moyens extraordinaires pour lutter contre l'adversité, la
seule adaptations, car c'en est une, étant de rester dans le sol
à l'état de graines, "espérant" la prochaine ondée
qui permet, si elle est suffisante, de provoquer la germination, puis la
floraison, donc le chemin vers la reproduction. certaines plantes annuelles
sont en effet capables d'attendre plusieurs années de suite, sans
dommages pour les graines, la pluie salvatrice qui les fera germer. le
tégument est suffisamment épais pour les protéger
de la dessication. Par exemple, le cycle de reproduction d'une plante saharienne
est si court que, de sa naissance à la production de graines, il
s'écoule une semaine. Une véritable course contre la montre
!
Grâce à un système de vis sans fin dont le
fonctionnement est lié à l'hygrométrie, certaines
graines s'enterrent en se vissant dans le sol, comme l'Aristida
des déserts australiens, ou les Pelargonium d'Afrique
australe ! Les fruits des Mésembryanthémacées d'Afrique
du Sud sont des capsules à loges capables de libérer leurs
graines uniquement en fonction des précipitations.
D'autres essayent de mettre toutes les chances de leur côté
en voyageant : c'est le vent qui dissémine les graines volantes
des Composées, Asclépiadacées ou Apocynacées.
Les minuscules graines d'une Portulacacée succulente, Calandrinia,
sont parfois transportées par les oiseaux (qui sont friands des
feuilles charnues) dans leurs plumes ! Celles des fruits de nombreux cactus
seront évacuées dans leurs excréments. La Tourterelle
à ailes blanches (Zenaida asiatica), permet ainsi
la propagation des graines de Carnegiea gigantea, le cierge
géant d'Arizona.
En fait, il est souvent nécessaire, voire indispensable
pour de nombreuses graines, de subir ce traitement, car leur tégument
protecteur est tellement épais qu'il a besoin d'être passé
au laminoir des systèmes digestifs de la faune locale. Adansonia
digitata, le baobab africain, doit sa survie aux chauve-souris
qui le fécondent, mais aussi aux Babouins (Papio cynocephalus)
qui sont friands de ses fruits, et dont les graines dispersées dans
leurs excréments, trouvent là un excellent terrain nutritif
pour germer !
• Cactus : une vie de chameau !
Lorsque l'on évoque les cactus, on aborde les "résistants"
du désert, les plantes qui ont dû s'adapter pour survivre
durant les longues périodes de sécheresse que connaissent
les zones arides. D'ailleurs, les Cactées ne sont pas seules capables
d'un tel exploit, mais aussi de nombreuses autres plantes succulentes (pleines
de suc, c'est-à-dire de réserves d'eau et de nourriture).
Certaines possèdent des graines voyageuses ; ainsi, les
capsules des Euphorbes africaines explosent littéralement pour libérer
leurs graines, et les minuscules cactées brésiliennes Fraileaont
des graines suffisamment grandes et légères pour se disperser
lors des inondations temporaires de l'été austral !
Les semences de végétaux nés dans les déserts,
et vivant en symbiose permanente avec leur milieu, sont capables d'une
très grande longévité, conservant durant plusieurs
années (jusqu'à 23 ans pour Sclerocactus) leurs
facultés germinatives. Cela assure à ces plantes d'être
disséminées à des dizaines, voire des centaines de
kilomètres de distance, et leur descendance est susceptible d'attendre
un temps suffisamment long avant que les conditions requises pour une germination
assurée et viable soient réunies : de l'eau, de l'ombre,
l'endroit idéal.
Certaines cactées comme Ferocactus ou Carnegiea
peuvent conserver un pouvoir germinatif de plusieurs années. Mes
propres expériences sur des graines de ces espèces m'ont
permis de constater qu'elles pouvaient fort bien germer sept ans après
leur récolte. Il est probable que dans la nature hostile qui les
a engendrées, ce temps doit être encore plus long.
L'une des plus extraordinaires adaptations est celle des plantes
capables d'emmagasiner des réserves d'eau dans leurs cellules durant
la saison humide, et d'en vivre pendant la saison sèche, tout en
se protégeant de la chaleur, de la sécheresse, du soleil
et des animaux. Beaucoup d'entre elles vont accomplir de véritables
miracles…
Le désert d'Atacama en Amérique du Sud, est considéré
comme le plus sec du monde ; au Pérou et au Chili, dans certaines
régions, il n'a pas plus durant 30 années. Pourtant, dans
la Cordillère des Andes, à plus de 3800 m d'altitude, vivent
des plantes et des insectes ; les arbres ont souvent plusieurs siècles,
mais l'aridité et l'altitude élevée les ont condamnés
à rester les nains les plus hauts du monde ! Ils sont par la force
des choses, devenu de petits "bonsais" naturels.
Il fait également très froid sur les hauts-plateaux
andins, et le genre Tephrocactus a trouvé une parade
"géniale" à cette agression : la viscosité de la sève,
les pertes en eau durant les périodes de sécheresse, et surtout,
la très faible hygrométrie de ces déserts (3% ou moins
dans le désert d'Atacama au Chili !) permettent d'abaisser le seuil
de gel des tissus végétaux. Et non seulement il supporte
les grands froids secs, mais il en a besoin ! En effet, les graines de
Tephrocactus doivent subir une vernalisation, une période de gel
intense pour pouvoir germer ! On s'adapte à tout, même
au pire…
• Il y en a qui sont dans le brouillard, et il y en a qui réfléchissent…
Une Broméliacée (famille de l'Ananas), Tillandsia,
se contente de la garùa, brouillard côtier péruvien,
en absorbant , et surtout en condensant l'humidité de l'air sur
ses feuilles : 30 ans sans pluie, cela ne veut pas dire 30 ans sans eau
! Cette eau précieuse, on la capte, on la synthétise, on
la concentre et on la garde. Tant pis pour ceux qui ne savent pas se débrouiller
! Celles-là vivent dans le brouillard, ne boivent que de l'eau,
et s'en portent très bien !
Sur la côte désertique de la Basse-Californie au
Mexique, accrochée à des falaises, une Crassulacée,
Dudleya
pulverulenta, est couverte d'une pruine cireuse blanche comme de
la craie, hydrofuge, c'est-à-dire qui chasse l'eau ! C'est donc
la condensation de l'humidité de l'air qui va glisser sur les feuilles
et nourrir la plante à sa base, le trop plein d'eau étant
évacué par la pente. La pruine a surtout pour effet de réfléchir
les rayons du soleil sur un épiderme qui n'est protégé
par aucune ombre environnante.
La récupération de l'eau, indispensable à
la survie dans le désert, a conduit les Succulentes à développer
un système radiculaire simple et uniforme, mais qui a fait ses preuves.
La capacité de stockage de l'eau varie évidemment
selon les espèces. Un petit Mammillaria n'aura pas
les mêmes besoins que l'immense Carnegiea gigantea
qui peut stocker plus de 3 tonnes d'eau dans ses cellules. Le système
racinaire a été spécialement "étudié"
pour permettre aux cactées d'absorber rapidement de grandes quantités
d'eau : la racine principale, généralement pivotante et bien
enfoncée profondément dans le sol, est souvent énorme,
mais peu ramifiée ; en revanche, les racines secondaires et radicelles
se déploient à quelques centimètres de la surface
du sol, mais à plusieurs mètres de distance de la plante.
Cette ingénieuse architecture permet aux cierges géants d'Amérique
du Nord (Carnegiea, Pachycereus…) et d'Amérique du
Sud (Cereus, Trichocereus…) de se maintenir droits malgré
les intempéries, tout en absorbant par les nombreuses radicelles,
l'eau d'une pluie même insignifiante. Et pour améliorer la
captation des précipitations, de nombreuses racines sont disposées
à la base de la plante, autour du collet ; elles profitent des coulées
de condensation ou d'une légère pluie ruisselant sur la tige.
L'eau s'accumule aussi en pénétrant par l'épiderme
de la plante. Chez les Cactées, la carte d'identité, c'est
l'aréole, organe unique dans le monde végétal, "coussinets"
où s'articulent aiguillons, glochides (aiguillons microscopiques),
soies, poils, et où naissent fleurs et fruits. Les aiguillons sont
de merveilleux capteurs d'eau de pluie ou même de condensation, brouillard
côtier dans le désert d'Atacama au Chili ou rosée nocturne
dans le désert de Sonora au Mexique. Le système pileux de
certaines espèces (Oreocereus) les protège
des ultra-violets le jour, et accumule l'eau de condensation qui se forme
la nuit. Les aréoles (rendues presque invulnérables grâce
à la protection de leurs aiguillons) sont chargées de récupérer
le précieux butin, qui sera stocké dans des cellules spéciales
qui composent ce qu'on appelle le parenchyme aquifère : un tissu
aqueux, presque toujours sans chlorophylle. Les tissus chlorophylliens
sont eux, situés sur la tige (il n'y a pas de feuilles !), à
la surface de la plante pour effectuer les échanges gazeux, autrement
dit pour réaliser la photosynthèse.
Mais ce n'est pas tout ! Pour réaliser cette photosynthèse,
les cactus ont trouvé le moyen extraordinaire d'inverser le cycle
de leur métabolisme : ils respirent à l'envers des autres
plantes ! En effet, c'est durant la nuit, plus clémente au désert
et contrastant avec les journées torrides, qu'ils ouvrent leurs
stomates (pores) : la perte d'eau est moindre, car l'évaporation
de l'eau, la transpiration se fait à des températures plus
basses. Mais comment peuvent-ils opérer les échanges gazeux
nécessaires à la vie de tout être végétal,
ceux-ci s'effectuant le jour, avec l'indispensable lumière du soleil
?
Là encore, le miracle s'accomplit : pour pouvoir absorber
le dioxyde de carbone (CO2) pendant la nuit, les cactus fabriquent des
acides organiques qui augmentent considérablement le taux d'acidité
de la sève. Bien que leurs stomates soient fermés le jour,
et grâce au niveau d'acidité élevé des cellules,
le dioxyde de carbone va être assimilé sous l'influence de
la lumière solaire, et le taux d'acidité va redescendre de
nouveau. C'est ce que l'on appelle le C.A.M. (en anglais Crassulacean Acid
Metabolism), cycle présent chez toutes les Succulentes, dont fait
partie la grande famille des Cactacées. Voilà comment elles
peuvent ainsi réduire leurs pertes en eau. Certaines espèces
sont ainsi capables de supporter 60 à 70% de pertes hydriques sans
dommages.
Ainsi, parce que les cactus font des réserves d'eau (qui
représentent jusqu'à 95% de leur poids total !…), on a longtemps
cru qu'il suffisait de les ouvrir pour boire. Le nom de "cactus-tonneau"
(Ferocactus) évoque d'abord la forme et non son contenu
! En fait, en pressant un cactus (après l'avoir épluché…),
on récupère quelques gouttes d'un jus tellement amer et acide,
liquide mucilagineux infâme, qu'il suffit à décourager
n'importe quel voyageur tentant l'expérience pour étancher
sa soif ! Par contre, la cuisson permet d'obtenir, dans certains cas, de
très bons résultats : au Brésil, dans le Nordeste,
ils sont consommés bouillis, comme des légumes ; au Mexique,
on frit de jeunes et tendres raquettes inermes de nopal (Opuntia ficus-indica),
et aux USA, ainsi qu'en Basse-Californie, on fabrique des pâtes de
fruits avec la pulpe de certains Ferocactus.
• L'adaptation au désert : un problème épineux
!
Chez les Cactées, les aiguillons improprement appelés
épines, sont tout simplement des feuilles modifiées, persistantes
chez les Cactées primitives comme Pereskia, atrophiées
et caduques chez le genre Nopalea. Les vraies feuilles ont
presque complètement disparu chez Cylindropuntia,
pour laisser la place à de superbes aiguillons qui ornent tout l'épiderme
de la plante. La tige a également changé au cours de leur
évolution, pour prendre la forme d'un accordéon (bien pratique
pour les cures d'amaigrissement forcées en période de sécheresse),
d'un tonneau (mais on n'y stocke que de l'eau…), d'un cierge ou de candélabres,
et même, chez les Cactées tropicales, de fausses feuilles,
qui sont en fait de vraies tiges (par exemple les Epiphyllum).
On s'accorde généralement à dire que les
aiguillons des cactus sont une protection contre les prédateurs,
mais ce n'est pas toujours vérifié. Notons que sans armes
épineuses, Lophophora williamsii ou Peyotl, sait fort
bien se défendre contre les herbivores, en élaborant des
substances alcaloïdes toxiques, néanmoins utilisées
par certaines tribus indiens du Mexique (les Tarahumaras et les Huicholes
entre autres) comme drogue hallucinogène dans des cérémonies
à caractère religieux. dans son cas, les aiguillons, devenus
inutiles, sont simplement remplacés par des touffes de poils.
Pourtant, de nombreux habitants du désert américain,
Rats, Lézards, Tortues, dévorent les chairs juteuses des
cactus sans se préoccuper le moins du monde de leurs aiguillons.
Alors, à quoi servent-ils ?
Si ce sont des feuilles modifiées, c'est notamment pour
éviter de présenter une surface trop importante d'où
l'eau pourrait s'échapper ; on réduit donc la surface d'exposition
au soleil, avec une tige arrondie et des aiguillons. Mais on ne s'arrête
pas en si bon chemin ; les aiguillons des cactées tiennent plusieurs
rôles, dont celui de pare-soleil, comme une jalousie, en faisant
de l'ombre sur la plante.
Ils vont également permettre au cactus de récupérer
l'eau de pluie et la rosée du matin : ils servent à la fois
de capteurs et de condensateurs. Plus étonnant encore, ils peuvent
s'accrocher au poil d'un animal grâce à une extrémité
recourbée ou des formes de harpons microscopiques (glochides), pour
emmener au loin un fragment de la plante-mère, qui deviendra bouture
dès que l'animal aura réussi à se débarrasser
de son "passager clandestin". C'est une méthode couramment employée
par les Cylindropuntia d'Amérique du Nord, à
tel point qu'on les surnomme "Jumping chollas", ou cactus sauteurs ! Une
nouvelle plante est même capable d'apparaître d'un fruit stérile
qui s'est auto-bouturé !
Si les aiguillons ne semblent pas suffisants, les cactées
fabriquent alors des poils, des soies qui récupèrent l'eau
tout en protégeant l'épiderme des ardeurs solaires. D'autres
s'enduisent d'une épaisse couche cireuse ou d'une pruine pour éviter
le dessèchement, tout en réfractant la lumière et
la chaleur : c'est le cas de Copiapoa au Chili, qui vit généralement
en plein soleil, sans protection.
Et serait-ce ce donc pour se rafraîchir que l'Echinofossulocactus
mexicain s'est transformé en… radiateur automobile ? Ces espèces
hérissées d'aiguillons croissent généralement
à l'ombre d'arbustes ou dans les prairies ; leur corps est composé
de fines côtes ondulées, qui atteignent le nombre incroyable
de 120 chez le bien nommé Echinofossulocactus multicostatus
! Pourquoi autant, puisque la nature ne fait jamais rien au hasard ? Il
serait amusant de croire que, par une curieuse forme adaptative, les Echinofossulocactus
ont trouvé là un moyen original pour soustraire leur épiderme
à la chaleur environnante, en simulant un circuit de refroidissement
par air ! Réalité ou fiction, la lutte est sévère,
et tous les moyens semblent bons pour résister à l'enfer
du désert.
• Parfums et poisons.
L'aspect rébarbatif des cactus n'est pas leur apanage.
Certaines autres Succulentes, notamment Euphorbia, prennent
un aspect cactiforme, pour arriver à survivre, de la même
manière, à tel point qu'on les confond souvent. Elles se
défendent également en fabriquant un latex blanc caustique,
très toxique, pour éloigner les herbivores. Les fleurs des
Euphorbes sont minuscules, voire insignifiantes, mais elles sécrètent
un nectar qui attire de nombreux insectes. Le nectar, c'est un peu la récompense
de l'aide accordée. Il peut même servir à détourner
l'attention des fourmis lorsqu'il est situé dans des glandes à
nectar (Coryphantha, Ferocactus), et laisser le nectar floral
aux insectes professionnels.
Il faut séduire les pollinisateurs qui permettront aux
fleurs d'être fécondées et de perpétuer les
espèces. Les Lithops d'Afrique du Sud, qui se cachent
pendant l'hiver austral, jusqu'à être confondus avec les pierres
du Namaqualand, fleurissent soudainement pour plaire aux insectes amis.
Les principales espèces de Mésembryanthémacées,
et notamment celles qu'on surnomme les "plantes-cailloux" se soustraient
aux herbivores la majeure partie de l'année par un mimétisme
extraordinaire, et se parent de couleurs vives au moment de la floraison,
de telle manière que la plante charnue disparaît sous les
fleurs. Au Texas et dans le nord du Mexique, Ariocarpus fissuratus
emploie une ruse similaire, avec en plus des alcaloides toxiques pour ne
pas être dévoré : il a mérité son surnom
de "Living Rock" (Rocher vivant).
Dans les zones arides ou semi-arides, le moyen le plus sûr
pour se faire repérer est d'arborer des fleurs de couleurs vives
au moment précis où les pollinisateurs sont en activité
: le temps, c'est de l'énergie gaspillée. Aussitôt
fécondée, la fleur ne tarde pas à se faner. L'odeur
est également un stratagème efficace pour tromper son compagnon
d'une journée (ou plus souvent d'une nuit…). Beaucoup de fleurs
de cactées sont délicatement parfumées, et celles
du cierge géant d'Arizona, le Saguaro (Carnegiea gigantea),
restent ouvertes durant la nuit pour profiter de la fraîcheur nocturne
et être pollinisées par des chauve-souris (Eptesicus
fuscus). L'odeur de la fleur rappelle celle de la chauve-souris
femelle…
Les fleurs diurnes des cactées sont généralement
très colorées, car elles doivent se faire remarquer par d'éventuels
visiteurs, somme toute assez rares dans les régions arides. Pourtant,
celles du Carnegiea sont blanches : en effet, pour séduire
la nuit, la couleur n'a plus d'importance, tous les chats sont gris, et
toutes les fleurs nocturnes des cactées sont blanches et dégagent
presque toujours un parfum violent et capiteux. On se farde peu, mais on
se parfume à outrance pour attirer les amants d'une nuit, Noctuelles
ou Chiroptères.
A chacun son parfum : les Stapéliées des déserts
d'Afrique australe et leurs magnifiques fleurs en étoile ont trouvé
la forme, la couleur, et surtout l'odeur idéale pour être
prises pour de la viande en décomposition, car elles dégagent
une épouvantable odeur de charogne. Ce qui attire immanquablement
les spécialistes de la question, de la grande famille des Diptères
: les Mouches à viande (restons polis…), les Mouches à vinaigre
(Drosophiles), bleues ou vertes, etc.
Mais quelle ingratitude : les Succulentes ainsi fécondées
ne laisseront aucune chance aux œufs déposés par les Mouches.
Ne trouvant pas le support nutritif habituel, ils ne dépasseront
jamais le stade larvaire. Voilà un efficace contrôle des naissances
!
Si Darwin est passé par là pour tenter de nous expliquer
un peu de l'origine et l'évolution des espèces, il nous est
encore bien difficile de savoir qui s'est adapté à qui. L'interaction
entre milieu aride, faune et flore spécialisée est indéniable.
La forme des fleurs est étudiée dans une totale maîtrise
de la chose : le long tube floral des Aloe d'Afrique est
tout à fait conforme au bec recourbé des oiseaux qui les
fécondent, les Souïmangas (Nectarinia). Le bec
des diverses espèces de Colibris leur permettent de polliniser les
genres Agave aux USA et au Mexique, Borzicactus
en Bolivie, ou même Melocactus au Brésil (Chrysolampis
mosquitus).
Dans le désert, les contrats d'assistance mutuelle arrivent
parfois à un degré tel que la spécialisation à
l'extrême crée le danger de disparition des espèces
: Yucca brevifolia, l'arbre de Josué du désert
de Mojave en Californie, a pris un énorme risque en n'acceptant
qu'un seul et unique pollinisateur, la Phalène du Yucca (Tegeticula).
Si le Papillon disparaît, pour quelque raison que ce soit, Yucca
brevifolia, ayant perdu son unique agent reproducteur, sera irrémédiablement
condamné à s'éteindre.
L'adaptation par la convergence des formes est une étude
passionnante. Elle explique les confusions souvent faites par les néophytes
qui confondent allègrement agaves et aloès, cactus et euphorbes
: on s'y tromperait ! Que dire du genre Yucca, du Mexique
et des Etats-Unis, qui imite à la perfection (à moins que
ce ne soit le contraire !) Xanthorrhoea d'Australie.
Il existe de nombreuses autres formes d'adaptation des végétaux
au milieu aride, comme les Sélaginelles (Selaginella lepidophylla
par ex.), très proches des Fougères, et vivant néanmoins
dans le désert de Chihuahua au Mexique, sur un sol calcaire. A noter
que la plante vendue dans le commerce sous le nom trompeur de "Rose de
Jéricho" est en fait une Sélaginelle, et que la vraie Rose
de Jéricho est une Crucifère (Anastatica hierochuntina).
Tous les types de sols, même les plus ingrats, semblent pouvoir accueillir
des végétaux. Yucca elata pousse jusque sur
des dunes de gypse pur à White Sands, au Nouveau-Mexique (USA).
En Iran, je suis tombé en admiration devant des tapis de
Tulipa
greggii, qui survit à l'aridité des collines du Dasht-i-Kévir
grâce à son bulbe, organe souterrain qui constitue les réserves
de la plante. Sur les sols salés du désert iranien, une plante
halophyte s'est adaptée à des conditions toutes particulières
: Salsola crassa. Une autre soude des steppes soviétiques
s'est retrouvé un beau jour dans l'Ouest américain, et s'est
installée sur les "salt lakes" des déserts de Mojave, Sonora,
Chihuahua et Grand Bassin ; ce qu'on appelle "tumble-weeds" dans les westerns,
et qui roule sans fin, poussé par le vent, n'est qu'une soude soviétique,
Salsola
kali !
On ne s'attend pas non plus à trouver des arbres dans les
déserts, sauf dans les oasis. Pourtant, là encore, il y a
adaptation au milieu semi-aride, voire aride : Bursera des
déserts mexicains, Commiphora des déserts arabiques,
Adansonia
(Baobab) des "déserts" africains, malgaches ou australiens, Chorisia,
Cavanillesia ("arbres-bouteilles") du Nordeste brésilien
gonflent leur tronc d'une manière exagérée pour garder
les précieuses réserves de nourriture et d'eau en période
de sécheresse.
D'autres, comme ceux de la famille des Acacias*, réduisent
leur surface foliaire, jusqu'à la perdre totalement en saison sèche.
Acacia
drepanolobium des steppes du Kenya, possède des galles habitées
par des fourmis à la morsure urticante, qui protègent le
mince feuillage de certains herbivores trop entreprenants (pas tous, la
Girafe leur tire la langue) ! Les Prosopis des déserts
nord-américains (Prosopis juliflora, glandulosa),
sud-américains (P. tamarugo), ou du désert
de Thar (P. cineraria) vont chercher l'eau à l'aide
de leurs puissantes racines jusqu'à 25 m de profondeur, voire plus.
* Nos "mimosas" sont des acacias australiens (Acacia dealbata)
apportés en Europe par les premiers explorateurs. Le vrai mimosa
est la sensitive mexicaine, Mimosa pudica.
Il est des déserts qui ne méritent pas leur nom,
en regard de la végétation qui les recouvre. Certaines de
ces régions semi-arides, en Australie, en Afrique australe ou en
Amérique du Sud, sont victimes de feux de brousse, le plus souvent
provoqués par l'homme, comme celui gigantesque de janvier 1994 dans
le bush australien. Encore une fois, il y a adaptation au phénomène,
au départ naturel, apporté par la foudre.
Des plantes bizarres survivent sous la terre grâce à
d'énormes organes souterrains ou caudex, et n'offrent périodiquement
aux feux que quelques maigres lianes à brûler. Ce n'est pas
une famille de plantes, mais simplement une classification adoptée
selon leur convergence adaptative. Ces plantes dites caudiciformes semblent
avoir développé séparément, mais dans des milieux
d'apparence identique (savanes arbustives épineuses), une stratégie
propre au danger d'incendie. Le feu a donc en quelque sorte obligé
la flore à une adaptation sans pareille.
La partie aérienne brûle et disparaît ? Qu'importe
: c'est sous le sol que la plante vivra, à l'aide de réserves,
jusqu'aux prochaines pluies. Le caudex (mais le bulbe aussi…) permet la
survie pendant et après le feu. Généralement, la foudre
qui a allumé le feu se voit doublée par l'orage qui en découle
et qui éteint l'incendie (ce que les feux humains ne permettent
pas. C.Q.F.D.). Double avantage : tout danger étant écarté,
l'eau profite à la plante qui repart en végétation,
développant à nouveau feuilles, vrilles, tiges aériennes
et lianes sur un sol enrichi de cendres. Les plantes caudiciformes et bulbeuses
sortent gagnantes de ce combat enflammé.
Certains arbustes australiens (tel Grevillea eryostachya,
une Protéacée), ne peuvent germer qu'après avoir subi
l'épreuve du feu : les graines doivent avoir brûlé
pour induire leur germination !
Quant à la neige, elle est moins rare qu'il n'y paraît,
et dans les déserts à climat continental (désert du
Grand Bassin aux USA), ou les déserts d'altitude (Andes en Amérique
du Sud ou massif du Hoggar au Sahara), le froid et la neige ou la glace
sont choses relativement courantes.
Le climat des déserts du Grand Bassin est rigoureux en
hiver. La raison en est l'altitude moyenne des plateaux, qui se situe entre
1600 et 2300 m (Grand Canyon, Plateau du Colorado). En été,
la température peut atteindre +38°C à l'ombre. Les précipitations
annuelles y sont très irrégulières (entre 130 et 410
mm), et au contraire des déserts de Sonora ou Chihuahua qui ont
des pluies d'orage estivales, elles tombent essentiellement durant la période
hivernale.
Or, en hiver, les vents glacés en provenance du Canada
s'engouffrent entre la Sierra Nevada et les Montagnes Rocheuses, abaissant
considérablement les températures (de -18°C à
-23°C) ; les précipitations sont reçues sous forme de
brusques et violentes tempêtes de neige. Les amplitudes thermiques
sont très importantes, car si l'absence de nuages réchauffe
rapidement le sol pendant la journée, l'énergie thermique
emmagasinée rayonne à nouveau vers le ciel et abaisse très
rapidement
la température.
Peu de plantes sont adaptées à des conditions aussi
sévères et à des amplitudes thermiques aussi prononcées.
Lorsqu'une tourment de neige s'abat sur le plateau, les végétaux
disposent d'une couche protectrice qui va leur permettre de supporter les
rigueurs du climat. D'autre part, ce sera un apport d'eau non négligeable
au printemps, lors de la fonte des neiges ; dès la fin du mois de
février, dans les vallées les plus basses, le désert
fleurit déjà (observation locale J.L., février 1988).
Des annuelles comme Castilleja chromosa et même des
champignons comme Tulostoma simulans apparaissent !
Les Succulentes qui vivent dans ce milieu contrasté sont
des colonies éparses d'Agave utahensis et ses variétés,
Yucca
angustissima, et des Cactacées comme Coryphantha vivipara,
Sclerocactus mesae-verdae, S. whipplei, Cylindropuntia whipplei, Echinocereus
fendleri, Opuntia erinacea, Opuntia fragilis, O. phaeacantha, O. chlorotica,
O. polyacantha, Pediocactus (toutes espèces), etc. Les graines
issues des floraisons tardives et non récoltées par leurs
consommateurs semblent être celles qui vont avoir la lourde responsabilité
de perpétuer les espèces, devant subir, on l'a vu,
une période de gel intense pour pouvoir germer. Ce qui surprend
aussi est leur faculté germinative, qui atteint un quart de siècle
chez Sclerocactus !
Dans le désert du Nevada, à la frontière
de la Californie et de l'Arizona à pareille époque, la neige
recouvre la majeure partie des zones d'altitude, et d'autres Succulentes
doivent subir les assauts du froid, entre autres Nolina bigelowii,
Yucca schidigera, Y. brevifolia, Cylindropuntia echinocarpa, Echinocactus
polycephalus, Echinomastus johnsonii, etc. Plus au sud, à
Tucson même, dans le fameux Saguaro National Monument, de soudaines
tempêtes de neige s'abattent sur la région, le plus souvent
en janvier et février, recouvrant d'un manteau immaculé Carnegiea
gigantea, Cylindropuntia acanthocarpa, Ferocactus wislizenii, Mammillaria
microcarpa, et le célèbre Jojoba ou Simmondsia
chinensis, des gelées meurtrières provoquant parfois
leur mort, ces espèces ne pouvant supporter longtemps d'importants
écarts de température. Il est vrai que pour pouvoir résister
à de telles amplitudes thermiques (parfois 40 à 50°C
de différence entre le jour et la nuit !), l'hygrométrie
atmosphérique doit être quasiment nulle, et seules les couches
superficielles du sol sont temporairement gelées, et surtout très
vite réchauffées par le rayonnement solaire.
Ces conditions sévères sont, pour les espèces
les plus évoluées, un "cul-de-sac adaptatif", et si certaines
sont déjà en grand danger d'extinction, compte tenu de leur
faible reproductivité, et de la pression de la collecte ou de l'activité
humaine, un changement brutal des micro-climats locaux peut faire disparaître
très rapidement ces plantes extraordinaires…
• Le sens de l'harmonie : la biocénose.
Lorsque le grand cierge d'Arizona (Saguaro) ou Carnegiea
gigantea fleurit, le pollen se partage entre les besoins de la
reproduction et la nourriture de l'agent pollinisateur : il y en aura bien
assez pour tout le monde ! Les 3400 étamines de Carnegiea
gigantea produisent suffisamment de pollen pour satisfaire les
exigences des nombreux fécondateurs (insectes, oiseaux ou Chiroptères)
qui lui assurent la pérennité. Toute une communauté
vit grâce au cactus, qui lui crée un environnement protecteur.
D'après les statistiques, en un siècle, Carnegiea
gigantea produit environ 12 à 20 millions de graines,
jusqu'à 40 millions dans les 175 à 200 ans de sa vie ! La
loi de sélection est, dès le début de l'apparition
de la graine, extrêmement sévère, et lorsque les fruits
sont mûrs, ils font les délices des Tourterelles à
ailes blanches (Zenaida asiatica), des Tourterelles incas
(Scarfadella inca), des Tourterelles en deuil (Zenaida
macroura), et même des Indiens Papagos (Homo sapiens
papago…) qui les récoltent. Les fruits tombés à
terre et pourrissant seront des mets de choix pour les Ecureuils terrestres
(Spermophilus tereticaudus), les Coyotes (Canis latrans),
et les Lézards comme le Chuckwalla (Sauromalus obesus).
Les fourmis et autres insectes finiront de récolter les
graines disséminées sur le sol. celles qui restent doivent
rencontrer les meilleures conditions pour germer : de l'eau, de l'ombre,
et une humidité relativement constante. Un orage soudain peut détruire
l'établissement d'une plantule, comme une sécheresse prolongée
peut la tuer. Le Palo Verde (Cercidium microphyllum) qui
a abrité le jeune Carnegiea pendant toute sa croissance
se voit remercié, et finit par disparaître au profit du grand
cierge, qui prend alors au fil des décennies toute sa splendeur.
A 9 ans, il mesure environ 15 cm de hauteur ; à 50 ans,
il ne dépasse pas 3 m. A partir de sa 70ème année,
en pleine crise d'adolescence, il commence à se ramifier, et des
locataires, ou plutôt des squatters en profitent pour s'installer
: la Chouette des Cactus (Micrathene whitneyi), La Fauvette de Lucy (Vermivora
luciae), le Troglodyte des cactus (Campylorhynchus brunneicapillus), le
Pic de Gila (Melanerpes uropygialis) ,le Faucon américain (Falco
sparverius), ou l'Hirondelle pourprée (Progne subis). La Buse à
queue rousse (Buteo jamaicensis), et celle de Harris (Parabuteo unicinctus)
se contentent d'un nid grossier installé dans les branches.
Après plus de 130 ans, il mesure 9 m, et ses branches font
de lui le cierge candélabre caractéristique des déserts
de l'Arizona ; percé de tous côtés par les oiseaux
nicheurs, il a développé des cals qui lui font de sombres
cicatrices circulaires généralement haut placées.
En 150 années de vie, notre Saguaro a connu bien des vicissitudes
: les périodes de sécheresse et d'aridité, les pluies
d'été torrentielles et les inondations, les vents violents
qui ont menacé plus d'une fois de l'abattre, les soudaines tempêtes
de neige, etc.
A 200 ans, il atteint désormais les 15 m de hauteur, et
a produit au cours de son existence mouvementée ses 40 millions
de graines, dont finalement une seule donnera naissance à un nouvel
individu adulte capable de perpétuer l'espèce. De nombreux
rongeurs comme le Rat-kangourou (Dipodomys desertii), la Souris des Cactus
(Peromyscus eremicus) et reptiles comme la Tortue du désert (Gopherus
agassizii), le Crotale diamantin de l'Ouest (Crotalus atrox), ou le Monstre
de Gila (Heloderma suspectum), ont creusé près de ses racines
traçantes, des abris où règne une certaine fraîcheur,
même au cœur de l'été. Quantité d'insectes l'ont
parasité pendant des générations, et la sève
a de plus en plus de mal à se frayer un chemin jusqu'au sommet du
géant.
Un jour, une tempête plus forte le déracinera et
le couchera pour l'éternité ; à moins qu'un hiver
plus rigoureux ne le fige à jamais dans un gel mortuaire. Il ne
restera plus à l'horizon, qu'un squelette ligneux desséché,
marquant le ciel du destin d'un être vivant exceptionnel ayant vécu
au moins deux siècles.
Les plantes des déserts nous permettent de découvrir
le côté magique de la vie, qui est aussi fragile et précieuse.
Laissons-les conserver un peu des secrets qui leur restent. N'oublions
pas que lorsque nous sommes apparus sur la Terre, il y a quelques centaines
de petits milliers d'années, sans défense, mais avec l'intelligence
humaine pour nous permettre de nous adapter, elles étaient déjà
là depuis bien longtemps…
• L'animal au désert : adaptation et comportement.
L'aridité et la pauvreté végétale
conduisent, à l'évidence, à une rareté de la
faune, à son adaptation, et partant de là, à sa diversité.
L'évolution de la faune en milieu aride a obligé l'animal
à s'adapter en fonction de son environnement, parfois dans des microbiotopes
limités à une dune, un rocher, un arbrisseau, un canyon…
Lié à la présence végétale, l'animal
vit dans un territoire restreint qui compose, on vient de le voir avec
le Saguaro, une biocénose dont il fait partie intégrante.
Les insectes (Coléoptères divers) qui vivent dans le creux
végétatif des Tillandsia du désert de Lurin au Pérou,
constituent ce qu'on appelle une biochorie, micro-communauté au
sein d'un système écologique plus vaste.
L'adversité climatique oblige la faune à adopter,
pour survivre, une stratégie de comportements et d'adaptations :
échapper ou lutter contre l'ensoleillement, réduire les pertes
en eau dues à la respiration, à l'excrétion et à
la transpiration, sont les problèmes quotidiens rencontrés
par les êtres vivants des déserts. Chaque espèce combine
plusieurs solutions.
On constate avec surprise une chose pourtant normale : les points
d'eau, les mares recèlent une vie aquicole intense ; liés
à la présence de l'eau, des animaux que l'on pourrait difficilement
taxer de "déserticoles" vivent dans ces biochories : Poissons (Cyprinodon
nevadensis de la Vallée de la Mort en Californie, USA…), Escargots
(Texas, USA…), Crabes (Iran…), Cloportes (Hoggar, Sahara…), Eponges (Tassili
des Ajjers, Sahara…), et même Méduses (Tibesti, Tchad). Il
s'agit souvent d'une faune relicte, vestiges reclus, irrémédiablement
condamnés à la disparition au moindre changement de climat,
ou modification de l'environnement. Nombre d'animaux, tels les Batraciens,
font du comportement et de l'adaptation un "cocktail" efficace, possédant
un métabolisme reproductif très court, vivant dans des mares
temporaires le plus souvent à sec.
Les périodes d'activités de la faune en zone aride
peuvent être conditionnées par des modes de vie saisonniers
et, ou journaliers.
Pour de nombreux animaux vivant au désert, la période
critique est l'été, du moins celle qui correspond aux grandes
chaleurs. Ils doivent, pour survivre, réduire leur activité,
et entrent en léthargie dès que la température atteint
un seuil intolérable : ils pratiquent ce qu'on appelle l'estivation
ou diapause estivale. L'estivation peut, en outre s'ajouter à une
hibernation (Varan du désert, Varanus griseus par ex.), ce qui réduit
la période d'activité annuelle à 5 mois !
Une solution pratique pour se soustraire aux grandes chaleurs
de la journée est de s'en protéger en se réfugiant
sous les pierres, les buissons, en s'enfouissant dans le sable, ou mieux,
en créant son propre environnement, en creusant un terrier.
Par contre, l'activité (chasse, cueillette, recherche de
l'eau…) aura lieu durant la nuit, obligeant une partie de la faune à
avoir une occupation nocturne (Scorpions, par ex.). Quel spectacle extraordinaire
que celui de la dune où l'on a passé la nuit, recouverte
au petit matin d'une myriade de traces diverses de coléoptères,
rongeurs, reptiles, oiseaux, herbivores et carnivores…
Restent ceux capables de résister aux rigueurs du climat
aride durant la journée, et possédant un cycle d'activité
diurne. Ce sont les moins nombreux* (et les plus courageux !).
* avec une espèce en voie de disparition, le "naturaliste",
qui développe ses périodes d'activité intense aussi
bien le jour que la nuit, observations obligent !…
Les analogies écologiques, convergences de formes, sont
souvent liées au milieu dans lequel les espèces évoluent.
Les grandes oreilles des "Jackrabbits" ou Lièvres-kangourous (Lepus
californicus, Lepus allenii), des Fennecs et Renards de Poche ou "Kit-Foxes"
(Fennecus zerda, Vulpes macrotis), des Otocyons (Otocyon megalotis), des
Kangourous (Macropus rufus par ex.) etc. ont plusieurs avantages : grâce
à la surface des pavillons auriculaire, leur perception auditive
est augmentée, et leur permet de disposer d'un système de
refroidissement par air tout à fait efficace ! Apparemment, c'est
ce dernier avantage qui a le plus d'importance, car à l'inverse,
mais dans un espace également ouvert, les Mammifères des
régions arctiques ont des oreilles très réduites :
le Renard polaire (Alopex lagopus) et le Lièvre arctique (Lepus
arcticus), par exemple.
Selon les types d'habitats, les ressources alimentaires, etc,
les niches écologiques peuvent être occupées par des
animaux dont la "construction" physique et physiologique s'est faite sur
un même schéma ; bien qu'il s'agisse d'espèces parfois
géographiquement et génétiquement très éloignées,
le Nandou américain (Rhea americana), l'Autruche africaine (Struthio
camelus), et l'Emeu australien (Dromiceius novaehollandiae) ont évolué
séparément, mais de manière quasi-identique, pour
s'adapter à un milieu ouvert de steppe arbustive.
Le Rat-kangourou du désert nord-américain (Dipodomys
desertii), la Gerboise du Sahara (Jaculus jaculus), l'Allactaga des déserts
d'Asie Centrale (Allactaga nataliae) sont des copies presque conformes,
au même titre que le Crotale cornu d'Arizona (Crotalus cerastes)
et la Vipère à cornes du Sahara (Cerastes cerastes), qui
ont un mode de déplacement analogue, la reptation latérale,
pour éviter de s'enfoncer sur un milieu identique, la dune. Le Chien
de prairie des déserts nord-américains (Cynomys ludovicianus)
ressemble, mais ce sont tous deux des Sciuridae, à la Marmotte bobak
des steppes de l'Asie Centrale (Marmota bobak). Le Renard de poche américain
ou Kit Fox (Vulpes macrotis) et le Fennec du Sahara (Fennecus zerda) ont
un faux petit air de famille, avec les mêmes caractéristiques
adaptatives*.
* Convergence typique de forme et d'adaptation au milieu aride. C'est
précisément la raison bio-géoclimatique essentielle
pour laquelle je ne range pas les zones polaires parmi les déserts
du globe ; on pourrait intervertir le Kit Fox américain avec le
Fennec du Sahara : même adaptation à un même milieu.
Essayez donc de les échanger avec un Renard polaire, vous comprendrez
la différence…
Tous ces facteurs limitants n'empêchent pas la diversité
des espèces animales présentes au désert. Des Invertébrés
aux Vertébrés, les grands groupes zoologiques sont tous représentés.
Comme la flore, la faune a dû s'adapter à l'environnement,
les changements climatiques, en un mot, évoluer. L'évolution
s'est faite au rythme lent de l'histoire de la Terre : en millions d'années.
La disparition des proies habituelles, d'un milieu donné, le changement
subit d'un micro-climat, l'isolement, ont fini par provoquer la mort de
nombre d'individus au sein d'une espèce. D'autres, mieux dotés,
ont pu survivre à ces conditions nouvelles, et s'y "adapter", ou
plus exactement s'en accommoder, par changement de comportement.
Evidemment, la sélection naturelle (Evangile selon Darwin…)
et le changement de circonstances (Evangile selon Lamark…) ne peuvent expliquer
totalement cette évolution sans la génétique. L'adaptation
des animaux à l'environnement est de plusieurs types : le comportement
d'accommodation de certaines espèces leur permet de préférer
la nuit plutôt que le jour pour leur période d'activité.
Si toutes les niches écologiques sont précisément
occupées par les uns (Gérénuk par ex.), d'autres plus
opportunistes s'accommodent d'un régime alimentaire très
éclectique (Fennec par ex.) au gré des découvertes,
ce qui correspond mieux aux ressources biologiques des zones arides.
Dans l'adaptation au désert, on constate un ultra-développement
de certains organes (hypertrophie des oreilles des Fennecs, des Anes, des
Lièvres-kangourous…), une hyperspécialisation, des propriétés
physiques, physiologiques, sensitives exacerbées : poison plus virulent,
vitesse plus grande, vue plus perçante, etc. Il est probable que
dans un environnement aussi ouvert et peu peuplé, il était
vital pour la faune d'être efficace, aussi bien pour guetter et attraper,
que pour fuir.
Ainsi, l'animal au désert a développé des
leurres pour sa défense : se gonfler pour paraître plus gros
(certains félins, reptiles, oiseaux adoptent fréquemment
ce subterfuge), imiter le cri ou le bruit d'un animal dangereux (un oiseau
imite la "crécelle" du Serpent à sonnettes !), ou copier
le voisin mortel (Mouche inoffensive, le Syrphe revêt l'habit de
la terrible Guêpe = l'habit fait le moine !). L'agitation de la "crécelle"
(constituée par les écailles caudales des précédentes
mues) des Serpents à sonnettes prévient n'importe quel animal
(Homme compris !) d'un danger potentiel imminent.
Quant aux Lézards rencontrés lors de mes expéditions,
le régime alimentaire et l'aspect épineux vont de pair :
le Diable épineux d'Australie (Moloch horrid |